Le Bestiaire de la rue d’Aboukir

Il est des endroits que l’on découvre en plusieurs fois, certaines rencontres qui sont annoncées par des signes.

Pourtant, elles peuvent vous émerveiller et vous surprendre… alors même que vous les attendiez sereinement.

Maintes et maintes fois j’ai arpenté le passage de la rue d’Aboukir qui descend de la rue Montmartre à la Place des Victoires.

J’y avais vu des girafes enrubannées et plus rien ne m’étonnerait dès lors.

Tout naturellement donc, le jour où la minuscule boutique d’animaux naturalisés a fermé, je l’ai remarqué.

Quand les travaux ont commencé dans un immeuble vert en face, j’ai même crû halluciner en passant devant la porte laissée entrouverte par un ouvrier…

Une autre fois, rentrant d’une épopée au Palais Royal, Lancelot et moi avions reluqué la vitrine et je m’étais reposée devant la petite table marbrée.
C’était fermé.

Porte résolument close, appareil oublié, pas pressés vers un rendez-vous, ou simple timidité, je me promettais chaque fois que je voyais la vitrine d’oser entrer, pour rencontrer avec vous Anne et ses animaux…

Je l’ai fait enfin, une parenthèse zoologique enchanteresse que je vous invite à partager ici.

(Et puisque parenthèse il y a, je tiens à vous dire, en avertissement, qu’aucun animal n’a été blessé pour ce reportage, leur provenance est irréprochable, selon la Convention de Washington qui régit l’activité de taxidermiste respectable…)

J’étais donc en terrain connu.

Pourtant, telle Manon découvrant une source au fond du jardin, Muhammed edh-Dhib Hassan rapportant de promenade les manuscrits de la Mer Morte, ou Indiana Jones éprouvant la puissance des tables de la loi, je me suis sentie l’âme d’une archéologue, effarée devant la mythique Arche de Noé, intacte, sommeillant depuis des siècles, derrière cette porte banale du deuxième arrondissement parisien…

Une vieille connaissance m’a accueillie, un baudet (du Poitou peut-être)

Le Tigre du Bengale de Fritz Lang, menaçant, semblait le gardien des trésors amoncelés.
Un ordre murmuré d’Anne Orlowska, charmante galeriste à l’origine de cette exposition insolite, et il me laisse le photographier sans broncher…

Du sol au plafond, les animaux se serrent les coudes ou s’étalent en faisant la roue, celle d’un paon fier et noble, soulignant l’architecture impressionnante des lieux.

Un vieux bouc aux cornes tournicotées ne semble pas surpris de me voir ici, impassible

Ses compagnons, du lynx au zèbre, espèrent revivre du regard des passants, dans la chaleur de la lumière qui baigne la vitrine.

Vous dire que j’étais totalement à l’aise serait mentir. J’ai sursauté plus d’une fois, à la vue d’un iguane sous une chaise ou d’un ours jaillissant à mes pieds…

J’ai même eu peur et failli prendre mes jambes à mon cou lorsque la gueule béante d’un fauve a fait mine de vouloir me croquer.

Aussi idiot que cela vous paraisse, les crabes et crustacés me filent la chair de poule…

Et dans ce véritable cabinet de curiosités, les squelettes et autres figures vaudou d’époques ou continents lointains, ne sont pas la moindre des causes potentielles d’infarctus.

Un peu apeurée donc, impressionnée surtout par la découverte ici d’une licorne, là d’Hedwige, le chouette hibou d’Harry Potter ressuscité…

Ou encore éblouie par la majesté du roi des animaux, serein et digne devant ses sujets.

La configuration de la place est idéale et les trophées introduisent le défilé des espèces, dont certaines sont restées dans une grande barque de bois, prêts à ramer, au fond du showroom…

Amusée aussi, intriguée par des personnages familiers, les oies du Capitole

Ou une poule pondeuse dont les œufs sont plus gros que le ventre…

Elle chantonne le rock’n roll des gallinacés, yeah !

Le bleu céruléen d’une vitrine attire mon œil, féru de tout ce qui brille, vers des papillons en guirlandes, magiques.

Et soudain, il surgit de nulle part :

Je suis nez à truffe avec un guépard farceur que je prénomme illico Gaspard (Hauser) et qui m’ouvre la cage aux oiseaux

Ils sont pléthore mais le perroquet Coco, sorti d’un épisode de Tintin, a ma préférence.

D’autres compagnons de galère de Gaspard sont attirés, curieux, par mon objectif, et me laissent caresser du regard leur douce fourrure de raton laveur un peu mais rêveur beaucoup…

De renard blanc désensablé,

De minirisson mignon,

Ou de timide et minuscule souriceau, rayé de la queue (le nom savant m’échappe…)

Je ne me hasarde pas à vérifier si celui-ci pique ou ne pique pas, sa coiffure hérissée et son don inné pour prendre la pose me séduisent…

Revenant vers Anne pour quelques précisions (que je vous enjoins d’aller lire sur son site, mine d’images magiques, et même abritant un éléphant…), je suis estomaquée par la taille monumentale d’un rhino féroce, et la bouche béante d’un happy hippo baillant, dans laquelle j’entrerais en un seul morceau.

Il ne m’en faut pas plus pour effectuer un habile repli, sur la pointe des pieds… ne pas réveiller les lionceaux joueurs fatigués.

Et dans une révérence, à reculons, je m’éclipse, escortée vers la sortie par un tigre, un lion, un élan et mon âne, qui me suivent de leurs yeux humides, passant sous le bec des colombes immaculées (j’avais 200 images, il a fallu faire un choix…)

Je leur ai promis de revenir leur rendre visite et découvrir leurs nouveaux amis…

Il en arrive régulièrement dans la galerie Design et Nature*.

Vous pouvez venir les admirer, mais aussi les louer pour une soirée Jungle Fever, ou les acheter, pièces d’Art décoratif, naturalisés à caresser ou immortalisés sur des tableaux majestueux…

Définitivement, l’antre d’Anne est devenue un arrêt obligé, une curiosité de plus à ma collection d’adresses insolites.

Anne

Informations pratiques :

Design et Nature
4, rue d’Aboukir
75002 Paris
Tel : 01 43 06 86 98

Le Site Internet de Design et Nature

*« La Galerie Nature et Design est spécialisée dans la création d’animaux naturalisés, dans l’entomologie et l’ostéologie (science des papillons et des insectes) mais aussi dans la présentation d’espèces organiques et végétales.
Orienté résolument décoration, les animaux naturalisés, les squelettes et les curiosités deviennent des objets d’exception et de rêve, des oeuvres d’art qui provoquent une véritable fascination.
Ils étonnent, ils interrogent.
Au delà de la dimension esthétique et poétique, le fruit de notre art est un reflet de l’amour, la passion et la fierté que nous ressentons pour le monde animal et végétal.
…la Taxidermie est devenue à Paris le « nec plus ultra »
Elle est totalement reconnue comme un Art à part entière car elle offre une source d’inspiration infinie à la mode, à la joaillerie et aux créatifs de tous genres.
Anne Orlowska a d’abord fait des études de droit puis une assez longue carrière dans la publicité avant d’avoir eu la possibilité, il y a 10 ans, de reprendre avec sa soeur Nathalie la fameuse maison de Taxidermie Deyrolle.
Il y a 5 ans, le chemin des deux soeurs s’est séparé et Anne, toujours éblouie par l’esthétisme et la richesse de la nature décide de créer Design et Nature, situé dans le quartier de la mode et de la décoration, la place des Victoires.
Les collections sont spectaculaires: Tigre, Lion, Ours polaire, Panthère noire cotoient Oiseaux, Papillons et Scarabées de tout genre.
Anne travaille dans le respect le plus strict de la Convention de Washington et tous les animaux viennent de zoos, cirques et parcs animaliers.
Design et Nature travaille également sur commande, ce qui permet à ses clients d’avoir du « sur mesure »
Les animaux chimères sont également une des très belle et étonnante spécialité de Désign et Nature. »

19 réflexions sur “Le Bestiaire de la rue d’Aboukir

  1. salut anne, je ne suis pas fana des animaux empaillés mais il est vrai que tes photos dégagent de la beauté!!j’y passerai jeudi lors de ma balade rituelle dans le quartier, bonne journée M

    • Ce n’était pas trop ma came non plus à priori, mais à force de passer devant, j’ai été attirée. C’est très différent de ce que j’imaginais et plus proche du cabinet de curiosités que du zoo.
      Bonne journée à toi aussi !

  2. MrsB dit :

    Anne, encore une fois tu nous offres le plaisir de regarder de bien belles robes, à plumes, à pois, à rayures, douces, piquantes, radieuses, fières comme un paon, duveteuses, chaudes, moelleuses, à pinces…..
    Jolie boutique, bien mise en scène, un régal de s’y adonner pour un safari photo et ensuite raconter de belles histoires.
    Anne tu es la Karen Blixen de la blogosphère et ce n’est pas de la flagornerie.
    Mille mercis de nous faire partager ton univers enchanté…et drôle.

    • Et toi, une fois de plus, tu m’offres un commentaire bien plus éloquent que l’article lui-même 🙂
      MERCI !

  3. virg dit :

    C’est absolument incroyable comme boutique. D’autant plus incroyable, est le regard des animaux, on les croirait vivants ! Ce sont de tres belles photos, et c’est bien d’avoir mis en avant la demarche de la galerie. On imagine souvent que la taxidermie est cruelle, a priori, ce n’est pas le cas… Mais j’avoue que j’ai un peu de mal avec les tapis a tete ou les trophees, m’enfin !

    • Oh je suis rassurée par ton commentaire Virg, j’avais l’intention de t’écrire pour te dire de ne pas lire cet article.
      Effectivement, la démarche de la galeriste est artistique et elle adore les animaux (vivants).
      Je ne voudrais pas non plus d’un tapis, j’ai eu un mouvement de recul, mais les petits animaux tout doux avaient vraiment l’air accueillants et juste en arrêt sur image.
      Ici, Lancelot a la phobie des oiseaux, il n’y rentrera jamais 🙂
      Bisous de nous 2
      Anne

  4. Berk la taxidermie….
    Les animaux empaillés je trouve ça d’un glauque !

    Mais les photos sont belles 🙂

    Signé Brigitte B. bis, qui préfère savoir les animaus libres, vivants dans la nature.

    • Bonjour Brigitte !
      Je comprends tout à fait ta réaction et rien que le mot me filait des frissons avant que je n’entre dans cet endroit étrange et bizarrement pas glauque.
      Je préfère toujours les animaux dans la nature et les biches qu’on aperçoit au fond du jardin de mes parents à l’aurore me manquent 😉
      à Paris, les seuls animaux vivants colorés, c’est à la Vogue Fashion Night qu’on les verra ce soir je suppose…
      Quoique franchement avec tout ce monde, je n’ai pas tellement envie de m’y rendre.
      Je préfère regarder la mode sur ton blog, beaucoup plus vivante :p
      Bisous
      Anne

  5. La Mère Joie dit :

    Je suis fascinée par les animaux empaillés.
    J’ai un taxidermiste non loin de chez moi et ça fait 7 ans que je me dis « Je dois lui rendre visite, mordel de crottes ! ».
    Pourtant, j’adore les animaux vivants dans la nature. Mais cette attraction/répulsion pour la dépouille est bel et bien là également.
    Merci pour ce reportage !

  6. Dori dit :

    J’aime mieux l’idée de poussière, de renvoyer l’énergie où le besoin sera tout en rendant à la terre ses poupées d’argile…donc pas fan de taxidermie. Art, artisanat, c’est entendu, cependant je n’adhère pas au momie non plus ; )

  7. Ouh ouuuuuuh! J’ai lu ton article avec un mélange de plaisir et de peur. C’est absolument effrayant toutes ces bêtes (d’autant plus que je craignais à chaque fois de voir une chauve-souris à la photo suivante….), et en même temps, c’est magnifique, elle ont une allure fabuleuse. Beaucoup pus d’allure que la plupart des gens que je croise dans la rue. Je m’imagine déjà déambulant la nuit au milieu de ces créatures et sursautant en croyant les avoir vu bouger….
    Attention, c’est ârti, je m’occupe de toi. Le résultat sera en ligne d’ici une heure.

  8. Isa dit :

    Trop drôle !!!
    Je suis passée devant hier matin alors que je revenais d’une ballade « nostalgie » dans le quartier Montorgueil qui fût mon quotidien entre 1997 et 2006…
    A vrai dire, j’ai détourné ma tête de la vitrine, lorsque j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un taxidermiste…

    Très sympa de te lire, et de t’apercevoir sur certaines photos, même si je ne t’aurais jamais reconnnue en te croisant dans la rue, tant tu as changé depuis P… et dire qu’on a été voisines pdt ttes ces années !

  9. Fascinant! C’est à la fois magnifique et troublant…cela doit faire une étrange sensation de se promener au milieu!
    Je penserais à pousser la porte la prochaine fois que je serais dans le coin!

  10. Tim Engelhardt dit :

    Chere Anne,

    I hope you can read english… (mon francais a l’ecrit est tres moyen)
    During my last trip to Paris, I have seen an article on a local news paper about your boutique which caught my attention.
    I therefore had to have a look at it !
    What I have seen has truly mesmerized me. The beauty of the animals, not to speak of the amazing craftsmanship. My heart stayed with the lobsters and the Kangaroo to the true sadness of by companion.
    Unfortunately due to the geographical distance between your shop and my living place I am not able at this moment to purchase anything, but I will definetely come back and realize my dream, one day !

    All the best,

    Tim.E

  11. Ping : Papillons… et autres créatures | Chic & Geek

  12. Desjeux dit :

    Bonjour! Je ne connaissais pas ce lieu et votre article me donne vraiment envie de le visiter. J irai fin janvier. Une question: connaissez vous l artiste des langoustes ou homards éclatés que l on voit sur l une de vos photos? Merci

    • Anne dit :

      Bonjour !
      J’ai publié un article plus récent sur cette boutique ici :
      https://chicandgeek.com/2013/09/16/design-et-nature-curiosites-sous-cloches/
      A ma connaissance, excepté pour les tableaux aux murs (éléphants, singes…) réalisés au Bic par un artiste de ses amis, tout ce qui est naturalisé est l’oeuvre d’Anna Orlowska, ou au moins pourrait-elle vous renseigner mieux que vmoi 😉
      N’hésitez pas à passer un coup de fil à la boutique ou à la contacter via son site.
      Bien à vous
      Anne

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