Balade à Bâle

Il n’y a pas si longtemps, Paolo, revenant d’une sortie familiale à Bâle, m’envoyait un cadeau.

Il ne pensait peut-être pas que c’était un cadeau, mais moi je l’ai vécu comme tel, en tous cas au bout d’un moment.

Car au départ, son message lapidaire « Tiens j’ai des photos pour toi… », assorti d’un fichier zip, m’a quelque peu déconcertée, je dois bien l’admettre.

Mais enfin mettez-vous à ma place :

Quel rapport trouver entre… un garage

une répugnante cuisine au sol d’une propreté douteuse…

et le gros bordel d’un appartement moyennement accueillant ???

Paolo ne pouvait m’envoyer des photos de sa maison, je le sais plus porté sur le design et l’hygiène que ça !

Alors quoi ? il avait rendu visite à une vieille tante aveugle dont le mari était mécanicien ?

J’étais dubitative.

Au détour d’un four à pain et dans les allées d’un marché, j’ai retrouvé mon Paolo, amateur de produits du terroir et d’étals bien garnis…

De plus près également, j’ai bien compris que ces personnages n’étaient pas réels mais des figurines aux traits accentués, aux costumes désuets et charmants.

En revanche, aucun ne me rappelait telle ou telle célébrité… Nous n’étions pas dans un Musée Grévin version helvétique.

Peut-être un décor de cinéma alors (les suisses font du cinéma ???)

Le marché couvert recelait des trésors si réels, du fraisier aux choux à la crème.

La photo suivante, atelier d’un Ragueneau ravitaillant Cyrano, en pleine effervescence, préparant de quoi festoyer, casseroles et autres marmites de cuivre, détails de cette ambiance bon vivant (qui rime avec prévoyant…sorry).

Puis la rue dehors et sa troupe de musiciens ambulants. J’examinais tout, me posant des questions sur le léger flou, pas dans les habitudes de notre photographe.

A moins que…


La vitrine d’un magasin de porcelaine fut un indice : nous étions dans un musée, j’en étais sûre à présent.

Une boutique de jouets

Un photographe du temps jadis

Une cordonnerie (ça devient très très intéressant…)

Surtout quand on passe de l’autre côté du miroir, dans les ateliers du chausseur, artisans et nobles dames élégantes discutant semelles, affiche de Casablanca au mur…

Etait-ce le même qui possédait cet fabrique de bijoux précieux, d’angelots ou de pendules ?
J’aurais voulu zoomer sur les brillants derrière les portes de verre…

Tout était fascinant dans cet endroit particulier et j’imaginais la famille de notre Paolo, déambulant de ruelle en saynète. Les filles auraient couru dans le dédale,

admiré le paon et monté les marches des escaliers

écouté la sérénade d’un amoureux à sa femme à barbe, repéré une chouette dans l’arbre perchée…

Quelle aventure !

Et quand le décor se fait plus cossu, vers les beaux quartiers, leurs yeux se seraient écarquillés comme les miens

leurs petites menottes tendues pour toucher la poupée blonde aux fourneaux (attention tout de même, elle est dangereuse : regardez sur le tabouret, elle a une hache… on est peut-être dans massacre à la tronçonneuse, allez savoir de quoi elle est capable, cette fiancée de Chucky).

De pièce en pièce, ils se seraient retrouvés en pleine scène de séduction au boudoir capitonné,

auraient traversé la bibliothèque en feuilletant quelque vieux grimoire oublié.

Peut-être la plus petite se serait assise à ce joli secrétaire pliable, une pièce de collection.

Enfin, ils seraient arrivés à la chambre, passant par un dressing, plein de robes de princesses se préparant pour le bal…

aménagé pour recevoir, sacs, chaussures, gants et autres accessoires de coquette (je parie que Monsieur Louboutin s’en est inspiré pour sa boutique !). Un rêve éveillé.

Ce que je n’avais pas compris alors, c’est que ce n’étaient pas eux, mais juste leurs regards (et l’objectif de Paolo) qui venaient de voir ces merveilles… en miniatures, toutes petites… des maisons de poupées ! Un travail de longues heures pour reconstituer en quelques centimètres carrés une demeure entière, coudre des robes minuscules, fabriquer des souliers de Lilliputiens.

Et quand enfin ils sont tombés sur des enfants en train de jouer à l’intérieur de ce qui était en soi un jouet, la mise en abîme était évidente !

Oui il s’agissait bien de jouets fragiles et précieux, dans le plus grand des musées dédiés aux ours en peluche et autres accessoires pour poupées… me rappelant une vitrine parisienne de French Dolls, que je vous avais montrée.

Ce meuble, ce placard en bois sculpté, doré, qui découvre l’intérieur de demoiselles hautes comme 3 pommes était son dernier indice.

C’est alors qu’il me dit que ce rêve de fillette d’en ouvrir les portes, dans une nursery du XIXè aristocrate, ne se mesurait pas à échelle humaine.

Aussi nette que soit la photo, vous avez devant les yeux une maison de poupées… pour maison de poupées !!! 8 centimètres de haut tout au plus.

Ça alors…

J’ai essayé de faire en sorte de ne plus avoir 6 ans et un sourire béat de gamine, pour remercier notre geek et sa famille aimante de cette promenade improbable, dans un Musée de poupées de cire, poupées de son, qui font non non non (je ne veux plus partir laissez-moi jouer !).

C’était une parenthèse enchantée dans un monde parallèle, comme seuls les geeks savent en fabriquer, pour épater les filles chics.

Vous savez quoi ? Ça marche !

Anne
Photos de Paolo

Lien :
Le site officiel du Puppenhausmuseum de Bâle

Une réflexion sur “Balade à Bâle

  1. cleopat dit :

    je suis en admiration devant ce monde miniature ! quel réalisme quelle précision incroyable du détail !
    la petite fille qui est en moi est éblouie !
    excellent week end dans notre monde à taille réelle qui lui ne fait pas toujours autant rêver!

  2. Babystone dit :

    Touchant, charming, infiniment délicieux, retomber en enfance ça ne se refuse pas, surtout en si bonne compagnie… Merci beaucoup ! Mondes en miniature aussi, très différents de ceux-ci, tout à fait étonnants, très forts (et en vérité pas très enfantins ! ) : les boîtes de l’artiste Ronan-Jim Sévellec à voir chez Colette à partir du 5 Décembre, ainsi qu’à la jolie petite Galerie d’Antonine Catzéflis, 23 rue St Roch (à partir du 17 Novembre), à La Halle St Pierre également, je crois. Il ne s’agit pas de la même famille d’artiste, ni même de plaisirs exactement semblables, mais au moins d’un grand grand émerveillement … Bon Dimanche …

  3. Chris dit :

    Ce monde miniature est magnifique, j’y retrouve mon âme de petite fille. Merci à vous 2

  4. Dans ma liste post-it alzheimer des billets doux à rédiger, il y a un article sur Carven. Enfin, sur tante Françoise, sa voisine. Ma tante complètement excentrique qui vivait dans une immense maison de poupées, avec une collection de poupées dedans, et des maisons de poupées pour faire jouer les poupées. Bref, je tente d’exprimer cet immense jeu de gigogne qu’ont été mes vacances d’enfance. J’en garde une perception très familière, j’ai pourtant oublié de me passionner pour cet emboitement fascinant, car si je tombe dans la marmite d’Alice qui joue au tout petit et au très grand, c’est un bouillon enchanté dont on ne peut plus sortir.

    • Une mise en abîme pareille, aussi jeune.. y’avait de quoi en perdre la tête.
      Je suis admirative que tu t’en sois s bien sortie, mais pour t’avoir observée dans un magasin de poupée avec de quoi habiller tes poupées, il te reste quelque chose de cet émerveillement d’enfant si touchant.
      Je sors bientôt les photos de toi jouant de la guitare molle^^

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