Vitriol d’oeillet par Serge Lutens

Vous savez comme j’aime oh que j’aime, plutôt que de vous faire une liste exhaustive de ce qui se trouve sur la place de Paris, revenir vers des gens qui ont marqué l’histoire de Chic & Geek, continuer de les suivre, au sillage, et vous en parler encore et encore.

Une fois de plus, Monsieur Lutens m’a envoyé son nouveau parfum et j’ai plongé dans les effluves.

A vrai dire, je me suis méfiée au départ, à cause du nom : Vitriol d’oeillet. J’ai craint un instant que ma peau ne se décompose sous l’acide sulfurique que contenait le flacon. Il n’en a rien été.

Depuis plusieurs jours, je l’apprivoise et le hume. Je le flaire et m’y perds.

Entêtant tout d’abord, il est d’une résistance rare et laisse une cicatrice, comme le poison auquel il emprunte son nom, mais invisible pour les yeux, une trace olfactive, comme les miettes d’un gâteau d’anniversaire, qu’on racle, ramasse du bout du doigt, savoure et qui portent en elles le souvenir de la veille.

Ce soir, j’irai peut-être aux Salons du Palais Royal, comprendre les méandres de cette senteur enivrante, sur invitation :

A moins que je préfère rester sur les mots mystérieux et rieurs de Serge Lutens à propos de cette nouvelle fragrance… sur un papier monogrammé, chic et signé, rien que pour vous et moi :

C’est définitivement Lui qui en parle le mieux…

Mais vous me connaissez, je ne peux m’empêcher de rajouter mon grain de sel.

Pour Bas de Soie, puis Boxeuses, j’avais trouvé des égéries, pour Jeux de Peau, c’est carrément lui que j’avais rencontré, interview à la clé.

Si le seul Vitriol a ramené à moi en une seconde les Mystères de Paris d’Eugène Sue, les Misérables et Victor Hugo, Double Face, d’inquiétantes brûlures boursouflées, Vitriol d’oeillet est une autre histoire, un oxymoron… il allie la violence du premier à la délicatesse du second.

Fleuri, il est saturé, suave et sensuel… Il ne me ressemble pas. Pourtant je le respire de plus en plus profondément, tentant de m’en emplir toute entière, comme je snifferais un rail de coke. Il m’énerve et m’excite, m’attache aussi surement qu’une corde, addiction.

A vrai dire, je l’imagine mixte et plus encore, je le sens sur un couple… de 1958.

La pègre, Rico Angelo, son avocat dandy mais handicapé, une danseuse, aussi élégante le jour qu’elle est sexy la nuit, une scène finale pleine de suspense, un flacon d’acide menaçant.
Robert Taylor et Cyd Charisse, amants maudits.

Je sens Vitriol d’oeillet sur ses jambes à elle, son mouchoir à lui, de lin blanc. De Robert, la fine moustache lui va bien. La canne aussi. Il renferme l’animalité et l’extrême raffinement de Cyd. Un parfum pour un film, ce ne serait pas la première fois.

Quelques images, pour vous donner envie de vous procurer « Party Girl » (« Traquenard » en français, allez comprendre) :

La panthère en mouvement (l’imprimé léopard ne date pas de ce siècle…)

Le film (amusant : selon la version de colorisation, sa robe est rouge ou verte… celle du parfum est d’un grenat presque transparent, un très fin violet d’oeillet.)





Et non le flacon dans sa main ne contient pas Vitriol d’oeillet, mais toute sa dangerosité supposée…

Qu’importe que vous ayez vu ce merveilleux film noir : sur votre peau, ce parfum sera différent… Greta Garbo, Marlène Dietrich, Bette Davies… ou peut-être une étoffe rencontrée à Saville Row, ou carrément Johnny Depp. Il s’incarne dans qui le porte, c’est un tatouage en plus d’être un parfum. Incrusté dans les draps, on a envie de s’étouffer, s’étourdir en inspirant très fort.

Monsieur Lutens, vous êtes un dealer.

Flacon collector gravé d’un coeur et de flammes, c’est un parfum comme une passion, il consume.

Dangereux ? Un petit peu… Excitant ? d’autant plus.

Demandez à le tester et je vous donne rendez-vous pour une autre surprise signée Lutens, venue d’outre tombe, dans quelques jours ou semaines, pour compléter notre collection.

Anne

Lien : Le site de Serge Lutens

Une réflexion sur “Vitriol d’oeillet par Serge Lutens

  1. cleopat dit :

    le flacon est vraiment superbe !sobre et très élégant!
    par contre j’ai vraiment du mal avec son nom !pour moi la connotation de violence, de geste criminel pratiqué encore sur des femmes dans certains pays , est trop présente! 😦

    • Coucou Cleopat !
      Les flacons des parfums Lutens sont très élégants, que ce soit le flacon / vaporisateur comme ici ou le flacon de table pour l’autre collection… épurés et seule la nuance colorée de l’eau qu’ils renferment les distinguent.
      Les éditions spéciales gravées en série limitées sont du domaine du rêve mais hé, on est là pour ça 😉
      Sinon pour le nom, je comprends ce que tu veux dire… et j’ai peur que le prochain ne te heurte plus encore…
      J’y ai entendu moi un jeu, une figure de style qui vise à rapprocher deux termes que leur sens devrait éloigner, et j’ai aimé cette audace littéraire, ludique et risquée…
      Je me demande à quel point le nom fait le parfum et si à l’international, les non-francophones sont aussi soucieux de leur signification.
      En tous cas, avoue qu’auprès des prénoms féminins, des noms de fleurs, de couleurs, de villes etc. dont les autres parfumeurs nous enfument, Monsieur Lutens ne manque jamais d’originalité 😉
      Bisous
      Anne

  2. MrsB dit :

    Un jus violet, un flacon très ex-voto sud américain, intéressant, je joue aussi à l’association film-parfum.
    John Huston, la Nuit de l’Iguane, sur le tournage Richard Burton recevait la visite de Liz aux yeux qu’on connait…la légende dicte la suite de l’histoire.

    • La Nuit de L’iguane, immense film… je vais vérifier : il me semblait que ce n’était pas Liz mais une autre beauté animale, Ava Gardner, qui donnait la réplique à un Richard Burton, ravagé et toujours sexy pourtant.
      En tous cas, je vois tout à fait à quelle moiteur et ambiance tu fais allusion et tu vas aimer ce parfum, c’est certain ! Il colle à la peau, sent l’air de cette nuit-là, de l’iguane 🙂
      Merci de m’avoir mis ça en tête, je file réviser mes classiques !

    • Pardon, tu disais qu’elle lui rendait visite sur le tournage, pas qu’elle était au générique, bien sûr ! j’ai lu trop vite ton com…
      On peut les imaginer tous deux dans ce décor, incarnant ce parfum à merveille.
      A moins qu’Ava Gardner, sur la plage avec ses jeunes éphèbes bronzés aux maracas entêtantes, ne soit notre héroïne 😉

    • MrsB dit :

      Nous allons faire simple, ils étaient tous splendides sur ce film.
      Il pleut si fort que je vais le visionner tiens, afin de déterminer si finalement ce n’est pas Deborah Kerr qui portera ce parfum.

  3. cleopat dit :

    tu as raison au niveau de l’originalité! c’est spécial mais Serge excelle ! 🙂 ma préférence allant aux noms plus coquins comme Jeux de Peau, Bas de soie, ou encore Filles en aiguille.
    et parler de ces parfums me rappelle le concours que j avais complètement oublié où nous étions chic ou geek !
    Paolo ne m’a jamais contactée. Ça n est pas grave, je crois que juin a été pour tout le monde un mois surbooké 😉

    • Ah Bas de Soie… ça reste mon chouchou je crois. Fille en aiguille me donne un frisson de piqure chaque fois que je le prononce^^
      Et comment ça Paolo ne t’a pas contactée… Il a eu un mois de fou, crois-moi. Ce n’est pas une excuse, mais il doit assurer sur tous les fronts à la fois…
      Il est en voyage là, mais dès son retour il va t’écrire, promis.

  4. Anne, l’article est vraiment super ! Quand vous (tu) me parlais de ce parfum au nom que j’aime tant, je n’imaginais pas que c’était du grand Serge Lutens…
    J’adore l’invitation que tu as reçue, le design est magnifique, j’imagine un papier épais et granuleux, quant au texte de Serge Lutens, eh bien, il me laisse pantoise, tout simplement…
    Pour commenter la scène de danse, dieu que Cyd est sensuelle et ensorcelante, il serait bon que nos actrices contemporaines s’inspirent parfois de telles artistes (Ava Gardner a été citée plus haut, je pense aussi à Rita Hayworth « Put the blame on me », mais aussi à Marilyn…)
    Bref, merci pour ces découvertes très inspirantes….

  5. MrsB dit :

    Je relance d’un film culte, tiré du même Tennessee Williams.
    A la relecture le texte de Serge Lutens me fait penser à la fin, à la révélation, à la sauvagerie de Soudain, l’été dernier réalisé par Joseph L. Mankiewicz, avec Elizabeth Taylor, Monty Clift et la grande Katharine Hepburn.
    Symbolisme, symbolisme quand tu nous tiens.
    Finalement ce que j’aime le plus dans les parfums Lutens c’est leur créateur, magnifique personnage.

    • Oh que tu as raison !
      Le visage d’Elizabeth qui hurle dans sa robe blanche…
      Et du coup, je repense à la chatte sur un toit brûlant et les scènes en déshabillé dans la chambre me semblent très « Bas de Soie ».
      Il faudrait faire un film sur Lutens, the old way, un film d’autrefois… car oui c’est lui le personnage principal de cette ronde (Max Ophuls) de parfums 😉

    • Ils ont tous quelque chose…
      Envoie-moi ton adresse en mail perso (dingue, mais je ne l’ai pas) et je te fais envoyer leur « petit livre », que tu les découvres enfin…

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