La fin du web?

J’avais décidé de tester quelques applications pour iPad pour vous en parler ici et vous indiquer mes préférées. J’ai donc commencé par fouiller un peu l’Appstore, profitant de ce qu’avec seulement quelques milliers de produits, il est encore à taille humaine (j’ai renoncé depuis longtemps à une exploration exhaustive du catalogue d’applications pour iPhone, il y en a trop).

Il faut dire que le sujet m’intéresse depuis longtemps, et à l’époque de mes premiers smartphones, SonyEricsson ou Nokia, j’était un visiteur régulier du site Handango qui répertorie depuis des années les applications pour ce type d’appareils.

J’ai en effet toujours considéré qu’il était dommage d’avoir des outils aussi puissants sans essayer d’en tirer parti pour faire autre chose que téléphoner ou noter des rendez-vous.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que tout a changé depuis l’arrivée de l’iPhone dans ce domaine, car ajouter des fonctionalités à son téléphone est devenu un acte quotidien, qui n’est plus du tout réservé à une élite d’utilisateurs experts.

Je me suis donc connecté à l’Appstore de l’iPad, après avoir ouvert un nouveau compte utilisant une adresse aux USA (car, je le rappelle, les Stores des autres pays ne présentent pas encore la section dédiée à l’iPad) et l’avoir crédité avec une carte iTunes USA achetée sur eBay.

Petite parenthèse, cette méthode permet d’avoir accès à des services réservés aux USA, comme l’achat et la location de films. Fin de la parenthèse.

J’ai alors commencé à fouiller un peu, lu quelques blogs et magazines pour voir quelles applis faisaient parler d’elles, et ai commencé à télécharger.

Au bout de quelques minutes, j’ai commencé à remarquer quelque chose d’étrange. J’ai continué à fouiller dans la même direction, chargé encore toute une série d’applications (quasiment toutes gratuites) et la sensation que quelque chose d’étrange était en train de se produire s’est confirmée. J’ai alors abandonné temporairement mon idée de tester pour vous des logiciels iPad et ai creusé encore dans cette nouvelle direction. Oui je sais, je suis d’humeur mystérieuse ce soir…

J’ai ensuite groupé sur deux écrans toutes les applications qui présentaient un point commun, les voici:

Vous commencez à voir où je veux en venir?

Non?

Bon, je vais vous le dire alors: le point commun des 40 applications que j’ai groupé dans ces deux écrans est qu’elles donnent toutes accès à des services qui sont habituellement accessibles via un navigateur web sur les sites respectifs de leurs éditeurs.

Elles ne représentent qu’une petite proportion de ce type d’applications, il y en a littéralement des centaines, et encore, l’iPad est tout frais, dans quelques semaines/mois il y en aura des milliers, qui existent déjà sur iPhone et sont en cours d’adaptation à l’écran plus grand de l’iPad.

Or, j’avais remarqué cette tendance déjà sur iPhone, il n’y  a pas un jour sans qu’un site web annonce « son appli iPhone » et sur iPhone déjà cela m’étonnait un peu, après tout, le navigateur Safari fonctionne très bien, on peut naviguer aisément sur la plupart des sites web, et quand bien même on souhaiterait proposer à nos visiteurs une expérience encore plus agréable, il suffit d’adopter un thème calibré pour cette taille d’écran (je vous invite à tester en visitant Chic & Geek depuis un iPhone, vous verrez).

Seulement, si sur iPhone encore je pouvais comprendre le souhait de donner accès aux informations d’un site en s’affranchissant de la taille de l’écran via une application dédiée, la chose me semblait absurde sur iPad, où la taille de l’écran permet de naviguer exactement comme depuis un ordinateur.

J’ai alors mis ça en relation avec l’annonce par Apple le 8 avril dernier de leur prochaine plateforme iAd qui permettra aux développeurs de tous horizons d’insérer des publicités interactives dans leurs applications en étant rémunérés en contrepartie.

Voici la traduction, approximative, des propos de Steve Jobs à ce sujet le 8 avril:

Nous voulons aussi changer la qualité des publicités. Nous sommes tous familiers avec les pubs sur le web, elles sont interactives, mais ne sont pas capables de transmettre des émotions, c’est pourquoi la majorité des budgets va toujours à la TV.

Ce que nous voulons avec iAd c’est délivrer interactivité mais aussi émotion (sic), notamment avec la vidéo.
Les pubs ne vous font pas quitter l’application. Quand vous cliquez sur une pub, vous n’êtes pas éjecté de l’appli, qui veut être ejecté d’une application?
Vous regardez le contenu interactif sans quitter, et vous retournez à votre application quand vous voulez.

SJ a également précisé que ces publicités seraient très faciles à intégrer, et que 60% des revenus seraient reversés aux développeurs. De quoi motiver beaucoup d’entre eux à proposer leurs applications gratuitement pour qu’elles se répandent encore plus vite.

Les pièces du puzzle commençaient à s’organiser.

Rapide flashback: nous sommes en 1994 et je souscris pour la première fois un abonnement pour me connecter à internet, chez Compuserve. Compuserve, comme AOL à l’époque, n’est pas vraiment un fournisseur d’accès internet au sens moderne du terme, mais un fournisseur de services en ligne qui accessoirement propose une passerelle vers internet.

En résumé, pour ceux qui ne connaîtraient pas, en se connectant à Compuserve on accédait à une série de services proposés par le fournisseur, messagerie, contenus, applications diverses, et on pouvait accéder à l’extérieur via une « passerelle » dont l’utilisation était facturée, bien sûr.

Ces sociétés, comme Compuserve et AOL, et comme le Minitel en France d’une certaine façon, souhaitaient garder les utilisateurs captifs au sein de leur offre de contenu, afin d’être les bénéficiaires exclusifs des revenus générés.

Seulement, le WWW, HTML, les hyperliens, Tim Berners Lee, Marc Andreessen, Mosaïc et Netscape sont passés par là, et le visage d’internet a changé. Les sites web se sont multipliés et rapidement, l’offre de contenu extérieure à ces réseaux privés est devenue infiniment supérieure à leur propre offre, signant leur fin.

Retour en 2010: J’en suis venu alors à me demander pourquoi, alors que le web est aujourd’hui toujours en pleine expansion, autant de sociétés investiraient dans le développement d’applications vous permettant d’accéder au même contenu sans besoin de navigateur?

Bien sûr, une partie de la réponse est que c’est une opération marketing ponctuelle, profitant de l’effet d’annonce alors que peu d’applications sont disponibles, pour gagner des parts de marché.

Un autre élément de réponse est dans le fait qu’indéniablement, ces applications proposent à l’utilisateur une expérience plus agréable, une interface plus réactive, et consomment beaucoup moins de ressources réseau, puisque l’appli une fois téléchargée, seules les informations sont transmises et pas les éléments d’interface.

Mais la vraie raison, selon moi est ailleurs. La tentation pour les entreprises capables de communiquer à échelle mondiale, pour gagner visibilité et notoriété, de garder les clients ainsi obtenus bien enfermés à l’intérieur d’un espace contrôlé est trop grande.

Lorsque vous surfez sur un site, via un navigateur, vous n’êtes jamais plus loin d’un autre site concurrent que la frappe d’un ou deux mots au clavier. A tout moment, un clic sur un lien, un mot tapé dans la zone de recherche, ou une adresse saisie directement dans la barre de navigation peuvent vous emmener ailleurs.

Lorsque vous consultez un catalogue, un journal, des annonces ou des horaires d’avion depuis une application dédiée, cette possibilité de fuite s’éloigne.

Je me suis alors demandé où était la motivation d’Apple? Pourquoi pousser si fort dans cette nouvelle direction, par exemple en interdisant l’utilisation de Flash sur iPhone et iPad, marquant encore plus la différence entre l’intéractivité des interfaces des applications dédiées par rapport aux interfaces des sites en html?

Je pense que la raison est que c’est la seule voie qu’ils aient trouvé pour concurrencer Google. Google est tellement incontournable sur le web, que pour le concurrencer, Apple n’a rien trouvé de mieux qu’essayer de tuer le web lui même.

Cela ressemble étrangement à la stratégie de Facebook qui a ouvert ses API à tous les développeurs afin qu’ils produisent des versions Facebook de leurs applications leur permettant de devenir potentiellement le seul site visité par leurs membres qui deviennent alors captifs.

Feu de paille ou lame de fond? Est-ce que dans quelques années le web sera réservé aux blogs et autres petits sites indépendant, pendant que toutes les sociétés se seront déplacées vers des applications dédiées? Le chemin est encore long, et la lutte va être rude, entre Google et le « tout par le web », Apple et le « tout par l’AppStore » ou Facebook et le « tout par notre site ».

C’est une reflexion en cours, j’aimerais lire vos avis et en discuter, alors n’hésitez pas, c’est juste ci-dessous 😉

Paolo

Une réflexion sur “La fin du web?

  1. Excellente ta comparaison avec AOl, en espérant que l’Ipad ait plus de succès. J’avoue avoir un avis assez mitigé sur les applications. Certaines apportent une réelle valeur ajoutée, d’autre ne sont que des « calibrage » de site web et n’apportent strictement rien de nouveau. Doit t’on réellement les appeler des applications ?
    Dans un futur proche, cela veut dire que pour naviguer sur le web via un smartphone ou dérivé, il faudra une application par site ?
    J’ai l’impression que c’est surtout un effet de mode. Peut être que les intégrateurs web vont enfin comprendre à quoi ça sert d’avoir un site valide aux normes du W3C.

  2. Dori dit :

    Is Big Brother still watching over us ? ; ) Merci d’avoir mis une balise à la jonction de ces deux routes. Easy mode ou hors piste ? Cocon ou découverte ? Autant connaître les chemins possibles. Avoir encore le choix.

  3. J’assiste parfois ‘du dedans’ à la demande des annonceurs d’avoir leur application iphone.
    A la sortie de l’iphone, il s’agissait surtout « d’être à la mode ». Les directeurs de la com voulait se faire plaisir. Les directeurs market voulait montrer qu’ils exploraient d’autres sources de trafic et de revenus. Mais malgré tout, on ne peut pas penser qu’Apple a suffisament de puissance pour modifier à lui tout seul l’économie publicitaire du web. La partie ‘Application’ dans ce cas là est souvent uniquement une petite surcouche qui n’apporte pas grand chose par rapport au contenu web. C’est juste une autre méthode de consultation. La question est donc de voir quelle place la régie d’Apple donnera-t-elle aux autres modèles publicitaires.
    Concrètement : un site d’information fonctionne sur un cms. Ca lui prend 2 secondes de développer une appli iphone. Il ne peut pas ne pas y être. Mais Sa version web reste le seul endroit ou il va et ou il sait gérer ses revenus. D’ailleurs si tu regardes ta liste Paolo, tu vois que la plupart de tes applis sont des applis issu de groupe media.
    un site de e-commerce. Pour lui c’est déjà plus compliqué. L’achat sur le mobile est moins populaire, la saisie de coordonnées (au moins avant l’ipad) moins évidente. Là encore il considère que l’appli est un canal de vente de plus. En e-commerce, on observe que ce sont surtout les power-users qui utilisent les appli.
    Mon sentiment est que le monde des applications est une nouvelle couche d’accès à l’information qui ne remplace pas la précédente, exactement comme l’email et l’accès à l’email sur son portable n’a pas tué l’utilisation du sms.

  4. Un billet très intéressant. D’après un source chez Apple, l’entreprise de Steve Jobs gagnerait plus d’argent sur les contenus que sur les matériels (iPad & iPhone compris). C’est aussi ce qui expliquerait l’incroyable pauvreté typographique de ces deux matériels : en mettant très peu de fontes à disposition gratuitement, Apple se réserve la possibilité de les vendre plus tard (ou de prélever des commissions sur qui veut les vendre).

    Cet exemple montre bien qu’Apple continue sur un modèle de développement qui a toujours été le sien : créer des standards fermés (personne ne pouvait vraiment faire un ordinateur compatible avec un Mac) pour contrôler les ventes d’application.

    Je ne pense donc pas qu’on verra la fin du web ; il s’agit juste d’un modèle concurrent, supplémentaire en quelque sorte.

    Là où tu as complètement raison : la plupart des smartphones etc. sait désormais gérer les différences de taille entre téléphone et ordinateur. Mon téléphone (un Huawei u7510, pas vraiment ce qu’il y a de mieux) affiche très bien ton blog ou le mien (http://davidikus.blogspot.com), or je n’ai pas fait de version spéciale de ce dernier !

  5. Zozo le Pingouin dit :

    Des idées en vrac.

    Je suis de l’avis de Djoule. Je rajouterai également que j’ai du mal à imaginer le web disparaitre pour la simple et bonne raison qu’il ne faut pas oublier qu’à l’heure actuelle 70 à 80% des sites existants sont des sites statiques dits de « vitrines commerciales » de sociétés (et ce n’est pas appelé à changer).

    Or, autant pour les sites dits « de service » et « marchands » dont le contenu évolue sur une base régulière et dont l’usage est interactif l’appli peut se justifier (accès simplifié à l’information mise à jour), autant pour l’instant pour tous ces autres sites au contenu statique je ne vois pas trop à quoi une appli servirait.

    Se poseront d’ailleurs ensuite très rapidement 2 problèmes liés au nombre des applis disponibles: celui du référencement des applis sur les plateformes extérieures puis celui de leur tri dans l’appareil.
    Dans le premier cas, à terme il faudra bien trouver un système de référencement suffisamment efficace pour réussir à dégoter dans la multitude l’appli que l’on cherche/dont on a besoin.
    Puis, à un second niveau concernant le tri dans l’appareil, il faudra bien qu’un jour (je me trompe peut être mais je ne crois pas que ce soit encore le cas) Apple permette sur l’Iphone, l’Ipod et l’Ipad un classement/regroupement des apps tout comme les navigateurs permettent de le faire avec les favoris/marques-pages.
    Car multiplier les applis en remplacement des sites webs est une chose mais une appli noyée au milieu de 120 autres sur un même appareil finit comme les cravates sur un portant: on a beau en avoir 150, on porte toujours les 10 mêmes… (vous noterez la référence « chic inside »)

    En conclusion (car je parle trop) et pour revenir plus directement au sujet, je pense que le Web a encore de beaux jours devant lui pour la simple et bonne raison qu’il est le « lieu du marché » et la logique de marché veut qu’il y a trop de sociétés avec des intérêts divergents de ceux d’Apple pour qu’elles laissent Apple prendre la main de façon pérenne sur un système alternatif qui risquerait de remettre en cause le lieu d’expression commun. Et, à défaut d’un véritable contrôle sur le hardware – ce qu’elles n’ont pas, en tout cas à l’heure actuelle-, elles sont incapable de rivaliser en systèmes alternatifs et elles ne peuvent donc pas se permettre de laisser partir en fumée le lieu actuel du marché.

  6. Waow, je sais pas comment t’as deduis ca, mais c’est totalement vrai !
    Ca va devenir dur la concurrence la !
    Ah et il me semble que maintenant on peut louer des films en France non? 🙂
    (Oui je commente tres en retard ^^ d’ailleurs c’est la premiere fois que je comente !!)

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