Avatar, de J. Cameron: sortie 12/2009

Si vous avez réussi à ne pas entendre parler d’Avatar, le nouveau film de James Cameron, je vous félicite, ça n’a pas du être simple.

Avatar est donc « l’évènement » de Noël 2009, le film qui révolutionnera le cinéma mondial, et nos vies,  à tous. Si si, la tienne aussi, je t’assure, c’est l’attachée de presse qui me l’a dit.

C’est en tout cas le message qu’on nous transmet depuis Hollywood, et j’aimerais savoir si je suis le seul à trouver que ça sent le soufre…

Je résume pour les ascètes, les ermites et les alpinistes qui rentrent du sommet du K2: J. Cameron himself, qui, dixit le dossier de presse « n’a pas tourné pour le cinéma avec des acteurs humains » depuis Titanic (1997) – ceci voulant dire qu’il a dirigé, écrit et produit des tonnes de choses pour la télé, ou bien pour le cinéma mais uniquement en images de synthèse ou en filmant des animaux – nous revient avec l’aboutissement de 15 ans de travail, et, accessoirement, 300 M$ de dépenses.

Avatar est un film auquel il pense depuis 15 ans donc, mais qu’il n’était pas possible de réaliser avant, la technologie n’étant pas assez développée. C’est amusant, mais ces propos, entendus un certain nombre de fois déjà, éveillent immédiatement ma méfiance. Ils concernent en général des films dont les prouesses technologiques masquent mal les lacunes dans tous les autres domaines, du scénario, au jeu d’acteur en passant par la qualité de la cantine des figurants.

Ça se gâte encore, lorsque l’on nous apprend que ce film est réalisé en 3D* et que ce point à lui tout seul va révolutionner le cinéma.

On a échappé de justesse à l’argument ultime, qui aurait présenté le fait que Sigourney Weaver joue le premier rôle féminin comme la révolution ultime, et jamais plus je n’aurais regardé une salle de cinéma comme avant…

Vous me trouvez peut-être chafouin, mais je crois fermement que dans le cinéma, comme dans tous les arts, les révolutions ne s’annoncent pas, ne se planifient pas l’avance et ne s’achètent pas à coups de millions. C’est le public qui décide de ce qui est ou n’est pas révolutionnaire, pas les producteurs.

J’entends comparer l’avènement de la 3D au cinéma avec l’arrivée de la couleur, et je m’insurge pour deux raisons.

Pour commencer, lorsque la couleur est arrivée, il s’agissait d’une véritable nouveauté, alors que les premiers films en 3D datent des années ’50, nous avons eu droit aux lunettes vertes et rouges, grâce auxquelles on échangeait la 3D contre la couleur (belle avancée), puis les lunettes polarisantes, qui marchaient nettement mieux sur le plan chromatique, mais qui avaient la facheuse tendance à provoquer la migraine, car elles laissaient passer un peu de chaque image et on voyait flou (je sais, je suis allé voir « Le crime était presque parfait », de Hitchcock en 3D au début des années ’90 au St André des Arts, en passant, le film date de 1954), et maintenant celles à cristaux liquides.

Ensuite, la couleur ne demandait pas d’équiper l’ensemble des salles de cinéma, l’ensemble des plateaux de tournage, et toute la profession de nouveau matériel à prix d’or. Car c’est là que la bât blesse, j’entends tout le monde se gargariser de cette 3D, or, tant qu’elle était cantonnée aux dômes Imax et au Futuroscope, je trouvais ça amusant, mais si, comme beaucoup de journalistes l’annoncent aujourd’hui, « tout le cinéma sera en 3D d’ici 10 ans », je crains le pire pour les petits producteurs indépendants, ainsi que pour les petites salles de province et d’art & essai qui n’auront pas les moyens de se payer le genre de matériel nécessaire à ces projections.

Oublions la 3D un instant, et penchons nous sur l’autre caractéristique « révolutionnaire » de ce film: la prouesse technologique consistant à donner à des personnages générés par l’ordinateur des expressions tellement réalistes qu’on reconnaît les acteurs auxquels ils correspondent. Depuis Tron, en 1982, les images générées par ordinateur n’ont cessé de progresser, chaque nouveau film nous éblouit (ou pas), chaque nouvelle animation de Pixar ou Dreamworks ou autres studio également, et de Star Wars, à L’Âge de glace 3 (en 3D, si si, je vous jure) en passant par les films dirigés par James Cameron, chaque année a apporté son lot de nouveautés, de progrès, et j’ai du mal à voir dans la « révolution » annoncée par les media autre chose que la promotion du film.

Donc, Avatar révolutionnaire? Non, je ne le crois pas, d’autant que quand bien même il l’eût été, une telle campagne promotionnelle, incluant le 21 août passé, la projection payante (sic) de 15 minutes d’extraits dans plein de cinémas aux USA (tous complets, est-il nécessaire de le préciser) risquerait de faire retomber le soufflé avant l’heure.

Par contre, je ne doute pas que ce sera un film agréable, les images de la bande annonce sont très jolies, et si le scénario suit, il se pourrait même que ce soit un bon film, d’autant que Giovanni Ribisi joue dedans, et que c’est un acteur que j’apprécie beaucoup.

http://www.youtube.com/watch?v=fXF2nH4Z9sc&hl=en&fs=1&rel=0&hd=1

Paolo

* Attention, depuis 25 ans environ on a pris l’habitude d’appeler « films 3D » les animations générées par ordinateurs à l’aide de logiciels de modélisation 3D, ici il s’agit de projection en 3 dimensions, avec la sensation de la profondeur.

Une réflexion sur “Avatar, de J. Cameron: sortie 12/2009

  1. Dori dit :

    Absolument d’accord.

    Cependant les images sont alléchantes, la science-fiction regorge de délices…alors j’irai : )

    J’attendrai pourtant avec impatience que les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, et un véritable bon film de Dunes I & II de Frank Herberts, sortent dans les salles avant que mon neurone ( clairement ça ne se bouscule pas là-dedans ) ne disparaisse.

  2. Ad dit :

    Alors moi très très myope, j’ai donc la migraine facile (et parfois un peu de mal à synchroniser correctement mes yeux…) : je suis à fond à fond pour la survie du bon vieux cinéma en 2D (pour la 3D je préfère le zoo à la rigueur, ça me demande moins d’efforts visuels)
    Enfin Captain Eo avec Michaeeeel j’avais trouvé ça chouette, soyons honnête (j’avais 11 ans), mais les Pixar en « fausse » 3D sont pas mal aussi (et les films de Burton en image par image aussi d’ailleurs!), tout ça pour dire, cher Geek, que je suis bien d’accord : si c’est pour masquer la faiblesse du film, la 3D ne sert à rien (mais si le film est très très bien la 3D n’est pas indispensable)

  3. Le seul truc qui m’étonne c’est que tu aies lu le dossier de presse en fait 😉
    Mais ça doit être parce que je fais partie des ermites cités plus haut.

  4. @djoule: Bah de nos jours, aucun mérite à ça, un abonnement à IMDB pro, un à PRnewswire et quelques autres sites dédiés, et les dossiers et communiqués de presse sont plutôt trop nombreux que pas assez. Limite spam quoi.

  5. edsupered dit :

    ben moi apres 4 mois de bebe en bas age et donc de privation de cine j’ai bien envie d’essayer cette fameuse 3D et je suis tellement en manque que je vais trouver ca aussi bien que la 3D toute pourrie de « la creature des marais » que j’avais eu le droit de regarder un mardi soir a la tele avec les lunettes offertes dans telerama (merci m’sieur Eddy) !!!!!!!!!! et je suis pour que les petits cines de quartier s’equipent de lunettes minables comme c’etait le cas a l’epoque, juste pour qu’aller au cinema reste une sortie extraordinaire.
    ah oui, la derniere fois que je suis allee au cine il y avait plein de jeunes gens (qui n’ont certainement jamais connu que internet, les dvd, et les salles UGC) et c’etait une véritable punition entre leur pop-corn, leurs sms passes pendant la sceance, leurs allers-retours pour trouver une autre place (plus loin de bidule, plus pres de machine, ah non tiens, plutot la, ouais, viens ici, non la c’est trop pas bien……etc)
    doncdoncdonc pour en revenir au fait, si Avatar est suffisemment « revolutionnaire » pour scotcher et astreindre au silence ces jeunes cretins, j’y COURS. Pis sinon, on le telechargera tous pour le regarder tranquille sur l’ordi, au chaud sous la couette, n’est-ce pas?

  6. Un film révolutionnaire qui fera certainement date dans l’histoire du cinéma. Tout comme l’odysée de l’espace l’a fait, Avatar révolutionne la science-fiction mais marque également un nouveau départ pour la cinématographie. Sur ce, avatar est un petit bijoux qu’il faut savoir apprécier tel un voyageur qui découvre de nouveau paysage. Je conçois que ceux qui ne savent ( malheureusement ) pas se transporter, puissent trouver le film décevant, le scénario est certes classique. La morale est également un peu trop poussée. Seulement on ne peut qu’oublier ces 2 lacunes devant tant de beauté visuelle. Un moment féérique.

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