Marc Jacobs ou le sortilège du chapelier fou

Je sais que tout le monde ne va pas adhérer, mais plus je regarde les dernières créations de Marc Jacobs, plus je les aime.
Moi aussi je veux un champignon atomique sur la tête !!!

Paolo m’a dit de faire court. Ça ne s’annonce pas très bien pour aujourd’hui…

Mon excuse ? La Mode évidemment, et pas n’importe laquelle.

Nous sommes en plein milieu des fashion weeks, New-York est terminé, Londres commence, Milan suivra, puis Paris.

Je ne vous ferai pas de review complète de ce qui se passa dans la Grosse Pomme, mais j’ai eu envie de partager avec vous un moment, regardé en live le 13 février, le défilé de Marc Jacobs, ligne 1.

Techniquement, c’était parfait de web 2.0 : tout mon écran comme une télé, des tweets pour réagir qu’on peut cacher, une mini caméra en bas à droite qui zoome sur les détails… Là c’est un tissu, mais les shoes et les sacs y sont passés aussi.

Le décor, habitats troglodytes de papiers découpés au laser, donnait le ton, imposant mais pas trop, laissant la place aux vêtements… et aux chapeaux !

On polémiquera à la fin si vous voulez bien, mais jetons d’abord un oeil à la collection présentée.

Première silhouette, annonciatrice du cataclysme qui agita la salle pendant et après le défilé, un gros cèpe qui marche !

Il sera suivi d’autres bolets, oronges, amanites, oreilles de Judas…

Effet hallucinogène assuré, on voit passer les nuages gris dans le monde des commentateurs et au Pays des Merveilles. Dieu sait que j’aime le gris !


Les matières sont lumineuses, la maille fluide le dispute aux lourds brocarts de soie. On a envie de toucher, au péril de sa vie la teinte verdâtre, phalloïde, fatale, ou le violet, moisi cramoisi.



Après les couleurs audacieuses, retour au noir, mais quel noir !

Une silhouette informe et velue, que je désire ardemment pourtant. La texture seule donnant au noir des contrastes et des motifs, de mille nuances différentes, entre noir clair et noir foncé, noir lumineux, de jais, de jet d’encre.


Dans la forêt hantée de Marc Jacobs, une rose passe. Ou est-ce une pivoine ?

Elle est belle. J’en sens d’ici le parfum, capiteux, enivrant.


D’aucuns se demanderont pourquoi prendre des mannequins filiformes si c’est pour leur tailler une culotte de cheval… Symboliquement, réparer l’injustice. Donner à espérer à chacune et à toutes.

Même les laides, les bigleuses, cachent leurs verrues et leurs yeux torves sous une voilette de tulle enrobant l’énormité provocante qui leur couvre le chef.


Le Maître sait s’y prendre, dans toutes les couleurs, et le passage du rose au rouge ne lui fait pas peur. Rien ne lui fait peur.

Il sait décliner le noir et blanc sans faire du Chanel. Il assure côté chaussures.


Et comme si déjà l’on ne s’était pas aventurés assez loin dans son délire très mince, il y ajoute des parures scintillantes, nous éblouit.


Il va loin, trop loin, du côté des associations au-delà de l’audace, il est limite borderline, sur la brèche, en danger.


Et de cette furie créative et excitante à souhait, surgit soudain une blanche et pâle meringue à la fraise, l’innocence face au vice.

Marc (Mon Amour) apparaît, parcourt quelques mètres, profil bas, et salue.

Aux pieds, il a les chaussures de roi que portaient ses reines, d’un autre âge, d’une autre galaxie.

Cette dernière photo vient de chez Garance qui assistait au show et en a fait un article qui interroge, ainsi que des visuels merveilleux comme celui-ci.

Elle y raconte les réactions dans la salle, tout du long, jusque dans son salon, le lendemain.

De l’atroce au sublime il n’y a qu’un pas.

Alors avant de plaider pour mon chevalier de néons, je tenais à féliciter toutes les mannequins, car marcher droit sans y voir n’est pas aisé et on ne déplore aucun brayage de gueule. Ouf !

Cette image seule pourrait valider ma théorie sur ce surdoué de Marc.

Après tout, a-t-il besoin que je le défende ?

C’est un artiste, il a fait du grand Art, a suscité l’intérêt, interloqué, provoqué, fasciné, captivé son audience…

Et si vous le souhaitez, avant de me répondre pour me dire ce que vous avez pensé de ce spectacle, comment vous porteriez (ou pas) ces robes callipyges ou un champignon atomique sur la tête, vous pouvez regarder le défilé dans son intégralité.

Le brouhaha qui suivit était encore du Marc Jacobs.

Plus que jamais je reste une inconditionnelle de ce fou en jupe, de ce créateur génial. Il me prend par la main et m’emmène dans des territoires inexplorés, over the rainbow, à la Claire Fontaine, sur un cheval blanc… onirisme dont je voudrais ne me réveiller jamais.

Mais pourfendez si l’envie vous en prend !

Anne

Liens :
Le site officiel de Marc Jacobs
Le site de Marc Jacobs pour les défilés
Le dernier défilé
Le billet de Garance Doré sur Marc Jacobs Winter 2012
Toutes les images des looks sur Fashion Gone Rogue

PS : Soyons réaliste et pragmatique 2 secondes. Jamais je n’aurai les moyens d’un chapeau ou d’une veste… Il ne me reste plus qu’à attendre l’hiver prochain en fantasmant les merveilleuses chaussures à boucles carrées, en gris, autruche, avec l’espoir fou d’au moins les essayer, en aristocrate de pacotille, au Palais Royal.

21 réflexions sur “Marc Jacobs ou le sortilège du chapelier fou

  1. Il a embauché Yamamoto cette saison non? En fait, ça a TOUT d’un défilé Yamamoto, à une énorme différence près: une fois les chapeaux et les châles enlevés, on tombe sur des pièces parfaitement mettables, et je pense (il faudrait essayer) très valorisantes. Et ces sorcières new-yorkaises me font terriblement penser à Helena Bonham Carter dans Big Fish. Quelquechose de frais, quelquechose de poussiéreux, quelquechose d’inquiétant, quelquechose d’enfantin, quelquechose de chic….. Trop d’adjectifs me viennent. Et ce décor incroyable (je ne sais même pas comment ces montagnes de papier peuvent tenir debout)! Je pense qu’il va bientôt faire un film. Tout y est, le décor, la caméra, les personnages, les costumes, ne manque plus que la trame narrative.

    • Mais tu sais que t’as du flair !
      Allez, on lui fait le storyboard en duo et on devient ses amies pour la vie ???

  2. Marianne dit :

    Mais pourquoi diable, moi qui ne suis pas une adepte des silhouettes « complètes » de Marc Jacobs (une paire de chaussure de ci, un tee-shirt de là…), ce défilé me laisse véritablement sur le carreau. Je les aime entières ces demoiselles 2012. C’est cohérent, provoc’, fastueux, mystérieux, peut-être trop moderne que c’en est contemporain, et ces matières mazette…
    A n’y rien comprendre car je ne porte que des vêtements aux coupes simples et plutôt près du corps.
    The Artist !

    • Ah ben voila ! Tu le dis mieux que moi. C’est artistique… on ne juge plus en se demandant si on porterait ou pas, on admire, simplement.

  3. MrsB dit :

    Un véritable coup de génie. Ca m’ inspire une grande joie, ces folies vestimentaires, cette extravagance, il y a du Gavroche, de l’impertinence aristocratique et démesurée anti-bo – et – bon-teint. (C’est anti-Gaillard en diable, Anne je t’adore parce que tu n’as pas de frontière :))
    Mais surtout, je pense aux Incroyables et Merveilleuses qui tentaient de fuir la tristesse après la Terreur, j’y vois un parallèle, nous, qui vivons sous la terreur des crises des banques de l’argent en avoir ou en pas. En tout cas ce Marc Jacob ne manque pas de talent, c’est superbe, provocateur, cultivé, culotté et chaussé divinement.

    Il me faut ces godillots même si je dois supprimer à vie la rente des Etudiants.

    • On sera 2 à les avoir et à faire maigre s’il le faut pour ça 😉
      J’aime quand tu t’emballes… Ton seul commentaire justifie le billet !
      Bisous
      Anne

  4. Murielle dit :

    Trés belle collection, mais pourquoi avoir fait ces culottes de cheval, ca gache toute la beauté de ses créations je trouve

    • Au contraire ! C’est de la 3D. Il invente. Il ne dit pas « une jupe crayon taille basse », il fabrique du neuf sans ancien, il crée…
      Je porterais la culotte de cheval pour lui 😉

  5. Comme l’expliquait Garance dans son article, Marc Jacob sait nous pousser dans nos retranchements. Au premier regard, les motifs et matières semblent une hérésie (pour ma part du moins) puis on apprend à apprivoiser ces silhouettes, savourer chaque détail, découvrir des émotions.
    ces chapeaux et châles démesurés sont vraiment incroyable.C’est un peu comme si il avait tenté d’habiller et de protéger des petites poupées à la silhouettes fragile. (*extrapole*)
    Bravo.

    • Oui Xaru ! et Garance avait tout compris…
      Oh que j’aimerais être une poupée fragile quand tu parles comme ça !

  6. Encore une collection sublime de Marc Jacobs. Il est comme Miuccia Prada. Toujours à prendre des risques, toujours là où on ne l’attend pas.

  7. Moi je suis une inconditionnelle ! Alors forcemment, je manque de recul !
    (Petite question : toi aussi tu as réalisé une broche camélia ?)
    Mille baisers Lady !

    • Hé hé… on est toutes les deux totalement envoûtées… il nous ferait porter des robes en papier alu avec des colliers de nouilles… mais même ça, par lui, ce serait chic !
      (évidemment ! mais moi j’ai fait de l’éphémère, avec du scotch… j’attends ton tuto ;))
      Bisous Ma Demoiselle

  8. J’aime tout : les chapeaux, les chaussures, les couleurs, les matières et les imprimés. Un collection vraiment gaie et dynamique, qui secoue un peu notre « bon » goût parfois trop lisse. Mais il reste léger, vivant, drôle.
    Merci pour ce bel hommage à l’art du subtil qui n’en a pas l’air 😉

    • Merci Stelda ! Oui, tu as raison, c’est bien plus subtil qu’un passage rapide sur le catwalk… j’ai hâte d’aller voir les étoffes et les coupes de plus près… l’hiver prochain en boutique.

  9. Dori dit :

    note : la gourmandise se paie toujours…en gourmandise

    test : se régaler d’un post de Lady A, plus tard, le coeur léger, acheter du pain et..deux drôles de meringues blanches au sommet roses à pois blancs en forme de…

  10. Je tombe par hasard sur ces photos et je suis complètement sous le charme de ces tenues magnifiques tant par leur créativité que leur inventivité . Et tous ces chapeaux bouillonnants d’imagination , waouh …, chapeau bas !

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