Jeux de Peau, Serge Lutens

Un matin de novembre, dans les allées du Palais Royal, alors que les silhouettes des arbres nus se découpaient sur le ciel bleu, dans le froid, l’appréhension et l’allégresse, j’allais, longue robe noire et bas de soie, à la rencontre d’un homme…

L’un de ceux qu’on admire dans l’ombre, qu’on n’espère même pas, mais par lesquels on a peur d’être déçue, tant l’espoir est grand.

« Le meilleur moment, c’est quand on monte l’escalier. »

Quel escalier je m’apprêtais à gravir !

Le meilleur était à venir pourtant : j’avais…

Rendez-vous aux Salons du Palais Royal, avec Monsieur Serge Lutens.

Ne me demandez pas pourquoi, ni comment j’ai été choisie. Je n’en sais rien ! Une de ces surprises de la vie.
Il était à Paris pour 3 jours, présentant son nouveau parfum.
Le mardi, quelques journalistes, et puis moi, aurions le privilège d’une petite heure chacun, en tête à tête avec lui… et Jeux de Peau (que l’on m’avait envoyé, pour m’imprégner de son essence, de sa chaleur et de son histoire).

Ses journées étaient chargées et il avait déjà du retard lorsque je me suis présentée.
J’ai pensé que cela irait vite, donc, et j’étais presque soulagée à cette idée tant je me sentais décalée, à part, si mal préparée à rencontrer, dans ses salons, le parfumeur le plus fascinant du monde.

Je m’étais entraînée pourtant, comme une de ses boxeuses, et tous ces liens, en caractères gras, vous dirigeront vers des articles qui prouvent ma fascination initiale…

J’avais écrit déjà, sur ses essences et sur lui, et inspirée de ses réponses à notre questionnaire, couché sur le papier de nouvelles pistes, clefs de ma curiosité.

Surtout, j’avais passé des heures à me mettre dans une sorte de halo que j’imaginais avoir une filiation avec Lui, visionné Ludwig ou le Crépuscule des Dieux, Le Guépard, Visconti, écouté les Vêpres Solennelles d’un Confesseur, Mozart, et puis Malher… Lu Jean Genet, Baudelaire, Proust, entendu André Dussolier raconter La Recherche, de sa voix mélodieuse et profonde, en boucle dans mes oreilles, en toute saison, respirant le vent, pensant à Lui et à cette image :

Enfin, évidemment, mon coach m’avait offert pour l’occasion un enregistreur de la taille d’un stylo qui devait me permettre de me concentrer sur mon interlocuteur, sans avoir besoin de noter quoi que ce soit.
Mon mari pense à ces petites choses qui font le professionnalisme, tandis que je me berce de rêveries romanesques. Il assure le matériel, avec pragmatisme et efficacité.

Les cheveux noués d’un ruban de gros grain, la botte conquérante, j’entrai dans les Salons sourire aux lèvres, ne sachant à quel parfum j’allais y être croquée, mais consentante et curieuse…

En attendant Monsieur Lutens, j’ai humé les parfums, découvert la palette de maquillages précieux, avant-goût onctueux, subtil, léger…

Mais rien ne m’avait préparée, en 10 ans d’analyse, à cette rencontre majeure.
J’étais juste une petite fille qui montai l’escalier, morte de trouille.

Plus de deux heures plus tard, je le redescendis, différente.

Je repartais avec lui : avec la confiance qu’il m’avait accordée et quelque chose en plus… pas seulement la mienne, nouvelle, mais aussi celle qu’il s’était donnée par moi. C’est ce qu’il venait d’appeler « le sentiment de double ». Je le sentais en moi, certaine que ce moment déterminerait d’une façon ou d’une autre, le reste de ma vie.

Comme un parfum, cela touche à l’intime. Voilà probablement pourquoi j’ai eu tant de mal à vous parler plus tôt de cette aventure.

Aujourd’hui encore, pleine des mots que j’ai retranscrits et que j’offre, bruts, aux plus curieux d’entre vous, à la fin de cet article, je ne me sens pas le droit d’extraire des citations de ces deux heures extra-ordinaires. J’aurais trop peur de le trahir.

Je peux vous raconter en revanche que sa voix est douce et feutrée, un murmure… son rire timide et touchant… qu’il est d’une élégance inouïe, dans sa mise comme ses manières, que ses yeux pétillent d’intelligence, de malice joyeuse contenue et d’une lueur particulière, que possèdent ceux qui créent.
Malgré la fatigue, il a fait preuve d’une gentillesse et d’une générosité totale, curieux de moi quand je n’aspirais qu’à apprendre de lui.
Il m’a remerciée et, galant, s’est empressé de se lever pour me passer ma veste noire, précautionneusement, un bras puis l’autre, d’un geste sûr mais délicat à l’extrême, un effleurement.
Une autre journaliste, ses assistantes, ont passé dans la petite pièce, contourné la table, tendu l’oreille… Suspendue à ses lèvres, plongée dans son récit, je ne les ai pas vues, et nous étions seuls au monde durant ce temps précieux, ce cadeau inattendu qu’il m’a offert.

Bien sûr, je vous invite à aller découvrir Jeux de Peau, qui sort en février, si possible au Palais Royal.
Vous le trouverez aussi bientôt dans d’autres points de vente.

Il m’en a parlé précisément durant notre échange, mais je le laisse vous le décrire comme il l’a pensé, dans ce petit texte de Lui, aussi poétique mais plus intime et mystérieux que ceux de Bas de Soie ou Boxeuses

A la première inspiration, « Jeux de Peau » m’a fait penser à une pomme caramélisée, dans une fête foraine improvisée, de celles, imaginaires, où les manèges et les friandises côtoient des nains, des femmes à barbe et autres siamoises, créatures étranges… mais chacun lui trouvera des accords ou désaccords particuliers.
C’est le propre des parfums de Serge Lutens, qui invitent, suggèrent, proposent, sans imposer jamais.

Monsieur, je vous remercie.

Anne

Poursuivre : cliquez ici pour lire L’intégralité de mon INTERVIEW DE SERGE LUTENS

Lien : Le site des parfums Serge Lutens

Adresse :
Serge Lutens – Les Salons du Palais Royal
25, rue de Valois
75001 Paris

Une réflexion sur “Jeux de Peau, Serge Lutens

  1. Cela fait partie des rencontres qui nous font croire que le rêve éveillé existe ! Rencontres qui changent notre personne, nous font grandir.
    Quelle chance tu as !
    Bravo

    • Tu as raison Nicolas ! Je ne suis plus toute jeune mais je me sentais comme une gamine et j’avais bien peur 😉
      Je suppose que ton expérience lors des derniers défilés dans les coulisses de Stéphane Rolland a été aussi de ces moments déterminants… Le plus beau des derniers défilés !
      Tes photos sont sublimes.
      Bravo à toi !
      Anne

  2. cafénadine dit :

    Que dire …..Bravo pour ce magnifique reportage !
    Merci a Monsieur Lutens (heuuuu pas de photos de vous deux ?)
    Bisous

    • Bonjour Nadine !
      Non nous étions en face à face de chaque côté de la table sur ces petites chaises des 7 nains, c’était assez étrange et intense à la fois.
      Mais je n’ai pas demandé à l’assistante de nous prendre en photo… pourtant je suis fan… mais pas osé 😉
      Bisous

  3. Dori dit :

    Une goutte de nectar posée sur une plume de fée. Enivrant ; ) /baiser soufflé à Lady A

    • Ma poétesse Dori… je te souffle des baisers parfumés Lutens par retour de brise et t’espère en pleine forme !

  4. Quel article magnifique Anne ! Vous m’avez transportée par vos mots et vos photos. Merci !
    Quelle rencontre cela a dû être en effet pour qu’une telle émotion transparaisse tant de mois après ! Je vais de ce pas lire l’interview en entier.
    Pour ma part, bien que travaillant à 2 pas de cet endroit, je n’ai pas encore osé en franchir le seuil 🙂

  5. Caro dit :

    Anne, comment dire, je suis fan de ta belle plume. J’aime le dimanche matin rêver sur tes douces envolées. Je sens que je pourrais écrire un commentaire mielleux de compliments, tant cet article que tu nous offres me replonge dans la chaleur matinale de mon lit.
    J’aime l’onirisme sensoriel dégagé de tes compositions.
    Merci sincèrement
    Très bon week-end
    Caroline

    • Merci Caroline !
      Je suis un peu intimidée par tant de gentillesse et de compliments… il y a surtout beaucoup de travail en amont et de la chance d’avoir eu cette opportunité… c’est Monsieur Lutens qui est fascinant… et je n’ai pas été très efficace pour vous faire part de cette rencontre.
      Mais si le résultat peut provoquer pareil commentaire, je m’en régale et m’en réjouis à la fois 🙂
      Merveilleux dimanche à toi qui viens d’illuminer le mien.
      Bisous
      Anne

    • C’est magique donc… je suis ravie 🙂
      Internet permet décidément de très jolies rencontres et découvertes : ton blog est un petit coffret à trésors.
      A bientôt
      Anne

  6. Anne…. tu es AMOUREUSE!!!!!!!!!!! C’est sûr, je l’ai vu tout de suite. On ne peut pas écrire de billet bouleversant sur un homme sans l’être. (LAncelot, je te rassure, c’est uniquement d’ordre spirituel) . Je suis toute retournée. Que va t’il naître de cette conversation longue et chuchotée… En plus il parle de Balthus: Anne, quoiqu’il advienne, tu as ma bénédiction.

  7. Une merveille que cet entretien avec Monsieur Lutens, des références de haute volée, une grande subtilité. Bravo et merci Anne. Et surtout, ce mot qui revient et qui est un de mes mots préférés: résonance.

  8. porquet christine dit :

    christine, merci de cette 2) rencontre;félicitations de ce décor et mise en scène;comme toujours ton élégante attitude intérieure m’éblouit ainsi que toute la subtilité immense de ton existence qui apporte la résonance a notre AME.bravo et merci. chriss.

  9. Anne,

    Quel bel article. Vraiment joli. Et parfait.

    J’apprécie énormément ce billet où tu laisses échappé un peu des détails discrets des moments passés avec ce grand artist, ce créateur des sensations, mais que tu gardes les mots qu’il t’a dit pour toi…je trouve cela un très beau geste et qui le rend pour moi encore plus mysterieux, encore plus élégant, s’il t’as inspiré à ce point.

    Merci pour ce joli partage….

    Melissa

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