Une histoire de famille

A Paris, les boutiques tournent, c’est le jeu des chaises musicales.

Quand on évolue dans un périmètre circonscrit, arpentant les mêmes rues, léchant les mêmes vitrines, on voit les travaux, on se prépare au changement, on s’habitue doucement, on regrette et on oublie…

Parfois on crie, Place des Victoires, à la révolution, mais la manifestation reste le plus souvent silencieuse.
NB : merci, Monsieur Victoire, d’être venu nous rassurer en commentaire de l’article.

On se console dans des endroits sûrs, préservés, on sèche ses larmes dans un jardin.

Bien des fois, je vous ai prouvé mon amour pour les petites boutiques indépendantes, les multi-marques.
Les grands magasins sont mes ennemis. J’y suis perdue.

J’aime le fait que chaque objet a été sélectionné, choisi avec soin au milieu de vastes collections, en est le condensé…
C’est souvent la patronne, ou une vendeuse multitâche, qui vous conseille, connaît par cœur son stock pourtant hétéroclite, le cajole, le caresse, l’aime, comme Lys son Billy… qui vous écoute, propose, suggère et s’enthousiasme avec vous.

J’aime Yaya, Marion chez 58M, Laury de Pois Plume

Aujourd’hui je veux vous parler d’une boutique différente parce que très ancienne, qui résiste encore et toujours à l’envahisseur, malgré son emplacement stratégique et convoité : elle est juste en face du mythique Colette, rue Saint-Honoré, faisant l’angle avec celle du marché.

3 vitrines pour cet écrin de luxe, des vitrines qui m’enchantent.

Elles étaient dans un article en janvier et depuis j’ai continué de photographier chaque fois les nouvelles mises en scène, en rêvant layette.

Bébé ours du printemps, bien réveillé en écossais Burberry, so hype après avoir été relégué au rang de classique bourgeois (un peu comme le carré Hermès).

Jeune fille en fleurs roses indien d’été, avec sac assorti, so girly.

Future femme Rykiel, à rayures multicolores pour réchauffer l’hiver…

Toute une tribu en doudounes Moncler ; montant en haut de la Tour Eiffel, dans Paris gelé.

J’y voyais les silhouettes d’enfants que je connais… défiler :

Bob, à la cool, en chemise vichy sur polo rouge, accompagné de son chien Poilux,

Adélaïde se la jouant bécébégé avec sa chemise flottante et ses ballerines, tenant par la main Gabriel, son petit frère assorti.

ClaraJolie en manteau rose pâle, chaussons à pompons.

Les décors, faits maison, sont fabuleux et en quelque recoin que l’œil se pose, une créature de la nature en peluche vous fait signe, derrière un tronc d’arbre.

Soudain la semaine dernière, Nelson m’est apparu, flamboyant et baroudeur à la fois, en blouson de cuir aviateur chocolat…

Il était juché sur un cheval deux fois plus grand que lui, Tornado noir à l’étoile blanche.
La vitrine d’en face en été oubliée.
Mais j’ai eu beau me contorsionner, m’agenouiller, tester les angles, impossible de vous transmettre une image acceptable de cette vision pleine de panache.

Dommage n’est-ce pas ?

Alors je me suis décidée, j’ai poussé la jolie porte d’arabesques ferronnées pour entrer et demander timidement si je pouvais le prendre de l’intérieur.

Pas si simple avec tout ce branchage…

Mais j’étais dans la place et je m’y suis sentie bien, entourée de sourires bienveillants, pas alpaguée, mais sachant que derrière les comptoirs, des conseils avisés me seraient prodigués, en eussé-je besoin.

Doucement, j’ai commencé par prendre des photos de tout et de rien, de l’ambiance.

Je me suis approchée des animaux, doudous à foison, dans les panières, pour petits et grands enfants… d’autres m’observant depuis l’intérieur du placard, sur les étagères alignés serrés, vrais objets déco, cadeaux parfaits.

J’ai admiré les différents looks proposés, regrettant que le pull brodé d’une couronne, ou le tutu bleu clair, n’existent pas en taille 16 ans, pensant à ma maman brit-addict qui louchera sur le poncho frangé.

Enfin j’ai regardé de plus près les petits tableaux sur toiles de lin, des chats aux yeux d’amandes douces et hypnotiques.

Et le plus grand, un chat pirate, majestueux, cape, crochet, chapeau, et trésor scintillant.

Bien sûr, chemin faisant, j’ai rencontré les gardiennes de cet endroit délicieux, me suis présentée.
Elles avaient vu l’article sur leurs vitrines (dingue !), et m’ont remerciée, chaleureusement (Youpi !).

Aurélie Melka était là, jouant à la marchande, tenant les comptes, surfant sur le site de la boutique.
C’est elle qui peint les chats !
Son CV est impressionnant et ses oeuvres ne s’arrêtent pas à ça (je vous mets en lien son site).
Elle travaille aussi sur commande, selon les dimensions de votre mur, les couleurs de vos rideaux…

Son fils lui a dicté tous les attributs du pirate plus haut, et elle a suivi ses indications pour en faire une version inspirée de Jack Sparrow félin 😉

Mais mes préférées sont les plus petites toiles, chats ballerines, princesses ou fées, à paillettes, jupes en tulle appliqué…

Dans une bourrasque est entrée une femme soleil, une de celles qu’on a envie de cajoler (en camaïeu de cachemires beiges superposés, pull, gilet, écharpe…), et qui dégagent une sérénité et une force, maternelle…
Etait-ce l’ondulation légère de ses cheveux mi-longs au milieu desquels brillaient des boucles ethniques, son sourire éclatant, son regard doux ou l’accent chantant de sa voix chaude ? Je ne sais pas, mais je l’ai aimée tout de suite.

Marcelle, c’est son prénom (prononcer Marccciellé), m’a souri, offert un cadeau.
Elle m’a raconté qu’à 15 ans, elle était venue d’Egypte pour être vendeuse dans cette même boutique, de jolis vêtements pour enfants, déjà.
Puis tout naturellement, elle est devenue responsable.
Plus tard, elle a racheté l’endroit, pour le préserver.

L’architecture est la même, les produits évoluent avec la clientèle et la mode…
Le service est sans pareil : retouches, conseils, livraisons, échanges, paquets… en souriant, toujours.

Marcelle Yacoël travaille ici avec sa fille, qui a hérité d’elle des traits fins, et des yeux pétillants, un rayonnement… de maman.

Elle a posé pour moi devant la photo d’Aurélie et son premier bébé. Elle en a deux, qui ont grandi, aux prénoms d’anges, Raphaël et Gabriel.

Mère, fille, petits-fils…

Une photo de famille pour une histoire de famille.

Baby Tuileries n’est pas juste une boutique chic de la rue Saint-Honoré…

Ce jour-là j’ai découvert bien plus : des femmes, talentueuses, inspirées, artistes, entreprenantes, et si douces à la fois.

Inutile de vous dire que je repasserai souvent par là !
Peut-être même, la prochaine fois, ou la suivante, je m’approcherai et j’oserai déposer sur la joue d’une de ces belles, un baiser tendre et amical.
Je suis persuadée que leurs parfums sont subtils, orientaux mais frais, des sillages précieux comme le trésor du pirate.

Anne

Liens :
Le site de Baby Tuileries
Le site d’Aurélie Melka

Une réflexion sur “Une histoire de famille

  1. Cette boutique est un vrai trésor. les vitrines sont très bien faîtes et l’intérieur et splendide. Et tous ces vêtements pour bouts choux ça donne envie d’en faire ou d’en re-faire. Merci Anne, pour ce merveilleux reportage ! Un peu comme toi plus petite boutique que grands magasins, dans lesquels je me sens perdue !

    • Moi ça me donne envie de gâter pourrir ceux que je connais… mais je me retiens, jusqu’à Noël 😉

  2. marta dit :

    Quel talent, j’adore toutes les vitrines !
    si j’étais plus près de la capitale, je procurerais volontiers quelque feuillage, branchage, mousse et autres matériaux pour décor champêtre …
    et si j’étais Parisienne je pousserais souvent la porte de cette charmante boutique …

    • Il est certain que dans tes jardins, Marta, elles trouveraient de quoi faire des vitrines encore plus magiques… mais tu es trop loin et j’en suis bien triste.
      Viens vite nous voir à Paris !

  3. Merci Anne, pour toutes ces belles photos, pour toutes ces découvertes, pour tes articles si bien écrits …
    Oui, ton blog est une merveille !

    • Merci à toi Pretty Darling !
      L’expo sur Visconti que tu as montrée sur ton blog me passe encore en tête, plusieurs fois par jour…
      Ce soir je reregarde le Guépard, c’est décidé.
      Bisous

    • Des jumeaux devenus majeurs hier ? Et que voulaient-ils comme cadeaux ?
      Un jour tu verras, tes bébés en auront à leur tour et tu pourras t’en donner à coeur joie en décorant les chambres de danseuses et pirates, en craquant sur tout ce qui est doux… Tu te feras sans doute taper sur les doigts mais tu t’en ficheras 😉

    • Merci !!!
      J’avoue que le travail de sélection parmi les photos d’une année d’admiration de vitrines et les retouches (ben oui je photoshope, j’avoue… mal, mais je le fais) m’ont pris un peu de temps.
      Et venant de toi qui sais (car tes articles sont toujours super) comment on fait, j’apprécie le compliment 🙂
      Je te parie que lors de ton prochain passage, la boutique sera encore là !
      Bisous
      Anne

  4. Sunny Side dit :

    Anne voilà des mois peut-être plus d’un an, je n’ai aucune notion du temps, je ne le vois pas filer, que je te croise sur les blogs, que j’admire toujours l’intelligence et l’humour de tes coms, que je viens regarder sans rien dire … et pourquoi aujourd’hui ? Je trouve si belle cette histoire de famille, ces décos de vitrines (hier je regardais celle d’Hermès) et la chaleur avec laquelle tu racontes …

    • Alors là je suis toute rouge devant mon écran…
      Que te dire ?
      Merci n’est pas assez. Mais tout de même merci, Sunny Side.
      C’est pour des commentaires comme le tien que j’adore écrire ici.
      Je t’embrasse et penserai à toi, inconnue ensoleillée, souvent !
      PS : Hermès, c’est joli ? les travaux sont terminés ? les vitrines de nouveau accessibles ? Il faut que j’y aille !!!

  5. June dit :

    Ton site est superbe très bien fait et je le consulte régulièrement. Conseil en image , personal shopper et maquilleuse studio, je souhaiterai te rencontrer. Connais-tu l’Atelier de Donato? c’est dans ton quartier. Au plaisir June

    • Bonjour June !
      Non je ne connais pas l’Atelier de Donato… mais le nom me plaît ! On y fabrique quoi ?
      Tu m’y emmènes un jour ?
      Moi aussi je serais contente de te rencontrer.
      tu peux m’écrire via le formulaire de contact : https://chicandgeek.com/contactez-nous/
      je te réponds, promis !
      A bientôt

  6. kiki dit :

    ClaraJolie en manteau rose pale,chaussons à pompons…bien sur , on imagine!! CarlaBelle ne manque ni de charme ni d’allure!!!

    • Ahhh je savais que Kiki imaginerait Clarabelle en rose pâle.
      Bob c’est comme ça que j’appelle son grand frère et avoue qu’il serait chouette aussi avec un petit toutou noir. Pas sûre que les parents soient d’accord 😉
      Bisous
      Anne
      PS de Radio Londres : Jean a de longues moustaches, Demain la mélasse deviendra du cognac et les 2 colis sont partis aujourd’hui…

  7. Bonjour Anne,

    Merci pour ces mots bien sympas!
    Bravo pour ce reportage plein de clichés poétiques. Je comprends mieux ton attachement à la boutique Victoire de la place des Victoires. C’est aussi une histoire de famille depuis les années 60 avec mon père et si le mutli-marques disparait un peu en ces temps plus industriels, nous continuons de découvrir et de distribuer des créateurs, plein de talents, qui n’ont pas de réseaux de magasins. Tout Comme Alaïa ou Tarlazzi, dans les années 70, n’étaient connus que chez nous!
    Mais nous évoluons aussi avec deux collections par an créées par Victoire.

    A ce propos, on vient de poster sur notre blog un billet pour offrir 20 invitations exclusives à celles et ceux qui souhaitent découvrir la collection prêt-à-porter Victoire Femmes & Hommes 2011, le 4 novembre de 19h30 à 22h30. C’est ici: http://www.victoire-paris.com/esprit-victoire/2010/10/vingt-invitations-exclusives-pour-decouvrir-la-collection-victoire-printemps-2011
    bonne soirée
    Gilles

  8. kiki dit :

    Si les Beatles avaient connu Marcelle Yacoèl ce n’ est pas « Michelle »qui serait devenue célèbre mais bien « Marcelle » car la Belle (et non plus Clarabelle) possède bien des « canons » (et je m’y connais) qui peuvent émouvoir!!! (plaisant euphémisme)

  9. Prochaine visite: on va voir cette boutique. Enfin je peux y aller toute seule aussi, il ne faudrait pas que je t’oblige à voir toujours les mêmes choses

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